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dimanche 25 mai 2025

DJ Khaled - All I Do Is Win feat. Ludacris, Rick Ross, T-Pain & Snoop Do...




Aujourd’hui, l’organisation des internationaux de France de Roland-Garros célèbre le plus grand joueur de terre battue de tous les temps. 

Rafael Nadal.

14 titres sur la terre de Paris. 

14.

La performance est ahurissante. Légendaire. Unique.

Mais retournons en Mai 2021.


Passé le choc de la nouvelle donnée au téléphone d’un cabinet de radiologie, il a fallu agir très vite pour mettre immédiatement les protocoles en place et accessoirement ne pas avoir trop le temps de réfléchir et du coup de paniquer. 

Juin 2021. 

À cette période, je m’étais donné un plan de bataille. À ce moment-là, je ne pensais plus à gagner le match. C’était trop loin. Et j’avais enchaîné des défaites, il me fallait des victoires.

J’étais devenu totalement dépendant et vivait donc chez ma sœur, j’avais perdu mes cheveux, mais j’étais pas inquiet, je savais qu’ils allaient revenir* ,  je n’avais pas réussi à échapper aux nausées, bref le score était pas ouf. 


J’ai donc décidé de réduire entièrement mon ambition et de me donner chaque jour des petits objectifs à remplir. Pour avoir des victoires et remonter au score. 

Aller a pieds au coin de la rue. (Il y a littéralement 6 pas)

Aller chercher le petit-déjeuner (à 100m)

Remonter les  9 étages à pieds.

Et ainsi de suite.  


Comme ça, ça me donnait des petites victoires si j’y arrivais. Je gagnais chaque jour un échange de plus dans un match en 5 sets. 

Et vous savez qui m’a inspiré cette idée de chercher des petites victoires pour oublier les défaites?

Rafael Nadal. Un tennisman. 

2013, demie-finale de Roland Garros contre Djokovic. Mené 2-0 d’entrée dans le 5 eme set. Il finit par gagner (encore) le match.

En interview d’après match, il dira justement qu’à ce moment-là, mené 2-0, il ne cherche même plus à gagner le match. Il veut juste réussir sa première balle de service. Pour mettre son adversaire en difficulté. Et si il réussi cette première balle, il peut essayer de gagner l’échange. Et ainsi de suite. Des petits objectifs. Pour avoir des victoires dans la tête. Casser la spirale de défaites. Incroyable de force mentale.

Et le 7 septembre 2021, je suis parti tôt le matin, j’ai randonné et je suis parti à l’assaut du massif de Montmartre. En Free solo. Sans corde. 

J’avais préparé mon ascension, repéré les voies et chemins d’accès et les difficultés potentielles. 

Et alors, je me suis assis sur les marches du Sacré-Coeur, et pour la première fois depuis des mois, j’ai pu admirer une de mes vues préférées au monde. 

La foule n’existait pas. J’étais seul, comme si je regardais la mer pour la première fois. 







T’as vu la vue?

J’étais arrivé au dernier set.

Balle de match…


* spoiler: pas tous. 




Je n’ai pas retrouvé cette interview. J’en viens même à me demander si elle a vraiment existé. Mais j’aime savoir qu’un type qui tapait dans une balle m’a aidé à gagner un match marathon juste par sa discipline mentale. 

samedi 22 mars 2025

634-5789 / Wilson Pickett




 9 avril 2021.

La réceptionniste du cabinet de scanner et radiologie me tend une enveloppe. 

« Tenez, voilà les résultats de votre scanner et dites-moi si vous voulez parler à un médecin. »

Ah merci, alors voyons voir, ah, des radios que je ne sais pas lire, blablacharabia… zone… blablachinoismedical…. Masse….Blablasombreblablaganglionsdégueulasses blablymphomeblabl..

Lymphome?

Lymphome?

Mais attendez, il me semble que c’est pas top ça un lymphome, dites madame ou mademoiselle, oui, je veux bien parler à un médecin. 

« Ah ben très bien, vous voyez le téléphone près de la machine à café? Quand il va sonner ce sera pour vous. »

Ah. 

D’accord. 

Je me déplace donc vers le téléphone et vous voyez à ce moment là, j’étais encore naïf. J’avais pas trop été confronté à la rigueur de cette bloody hell chienne de vie, j’avais pas de dettes de jeu ni de mauvaises relations avec une Mafia quelconque, je trouvais régulièrement de la place en terrasse, même à Paris, j’étais pas poursuivi par la maréchaussée et j avais un toit et des verres et des amis pour les vider avec moi. Donc vous voyez, je me dis que le téléphone va sonner et à l’autre bout du fil, une voix sucrée me dira d’aller au deuxième étage troisième porte à droite. 

Vraiment, j’étais naïf. 

Dring. 

Allo?

"Oui bonjour c'est à quel sujet?"

(Déjà, indice: la voix est pas sucrée. Ça part pas nickel, cette histoire.)

"Ben c'est au sujet monsieur que vous me marquez le mot Lymphome sur mon dossier (et moi c'est Moyenman)"

"Ah oui oui, Mr Moyen,  vous avez un Lymphome."

"On est d'accord qu'un Lymphome, c'est un cancer?"

"Oui oui, tout à fait."

"..."

"..."

"... Mais... Mais alors je fais quoi? Je vais voir mon généraliste qui va m'orienter vers un spécialiste, c'est ça?"

"Absolument. Et ne vous inquiétez pas, ça se soigne. Bonne journée monsieur!"

"Ah ben bonne jou-clic-raccroché.

(Notez que cette conversation est authentique. Au téléphone d'un cabinet de radiologie - scanners, à côté d'un distributeur de café. Vous pouvez donc admirer mes talents de diplomate puisque 1: le téléphone est resté intact. 2: je n’ai pas traité mon radiologue d’une quelconque maladie vénérienne, ni même d’un banal « enculé » et 3: je ne divulgue même pas l’identité de ces hémorroïdes humaines. Confiez-moi donc l’Ukraine et Gaza.)

Quand j’étais ado, il n’y  avait pas de téléphones portables ni de mails, ni de messageries instantanées (oui, je parle comme un homme préhistorique ou Michel Sardou.) et du coup, on se donnait des rencards par téléphone fixe. On appelait, un peu tremblant, on décrochait, un peu hésitant, et on essayait de se retrouver au cinéma, ou à La cigogne, place des clercs à Toul, pour siroter des Monaco et passer un bras sur une épaule. 

Bref, le téléphone fixe, pour moi, était associé à de l’insouciance (et bon, des désillusions, mais c’est les règles du jeu)

Je raccroche donc le combiné et dans ma tête, instantanément :

Ok, j'ai un cancer.

- Je ne peux plus aller travailler (C'est pas forcément la pire nouvelle de la journée.)

-Je vais être dépendant

- Je vais avoir un traitement que je ne connais pas (rayons, chimio, opération)

- Je vais perdre mes cheveux (C'est marrant. Je ne tiens pas particulièrement à mes tifs, mais c'est vrai que j'y ai pensé rapidement. Comme si je voulais m'y préparer.)

- Je vais peut-être mourir. (Elle est peut-être là, la pire nouvelle de la journée.)


Cette liste s'est imprimée dans ma tête et j'acceptais chaque étape au fur et à mesure que je les énumérais. C’était la règle de ce jeu. 

Puis je sortais le mien, de téléphone et j'appelais mon merveilleux docteur, mes parents et ma soeur.

Moi qui ne m'étais jamais battu de ma vie, sauf peut-être contre des housses de couettes, des écouteurs filaires emmêlés et des emballages "ouverture facile",  j'allais finalement  devoir m'y mettre...