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jeudi 22 mars 2012

Funny How Time Slips Away / Al Green (Willie Nelson Cover)


Prendre le métro est étonnant, il force à prendre son temps.

L'autre soir, je rentrais chez moi en métro. (et non, je n'étais ni bourré, ni agressé, ni perdu.)

En passant le portique, je sens que je ne suis pas seul à passer le portique (oui, c'est l'une des nombreuses techniques de fraude du métropolitain parisien que de passer avec quelqu'un, avec l'enjambage de portique, le 110 mètres portiques et ramper.) et me retournant, prêt à tomber sur un loubard de la pire espèce, je tombe sur une jolie fille de la plus jolie des espèces.

Elle me sourit, je lui souri, elle me dit merci, je lui dis de rien, elle me souris, (je lui aurait bien hurlé merci aussi, pour m'avoir souri.) elle fait un bisou sur la joue, je lui souri, je lui dis merci, elle me dit de rien, elle est partie (sur le quai d'en face, évidemment, sinon ce ne serait pas Moyen.)

Evidemment, je n'ai réalisé ce moment fantastique qu'une fois arrivé chez moi, et une fois arrivé chez moi, je me suis rendu compte que ce moment fantastique avait glissé entre mes doigts.

Prendre le métro est décevant. Il n'arrête pas le temps.


jeudi 25 août 2011

Tell Me Something Good / Chaka Khan




Mademoiselle,

Je ne vous aime déjà pas.

Vous êtes restée assise dans le métro alors que le wagon contenait la moitié de la population chinoise.
Vous parliez trop fort au téléphone et vos histoires de boulot ne méritaient pas que j'en profite.
Pendant tout le trajet.

Mademoiselle, il faut que je vous dise que poser son sac à main de la taille d'une voile de bateau sur le siège à côté de vous ne se fait pas.
C'est très impoli.

Je n'oserai dire, jeune essoufflée, que je n'ai pas aimé la façon que vous aviez de jouer avec vos clés.
Tintement grinçant.

Mademoiselle, sachez que je ne vous aimais déjà pas lorsque vous êtes montée dans ma rame.

Mais j'ai aimé comment vous taggiez la paroi du wagon à côté de vous.
Avec rébellion et malice.

Mademoiselle, accepteriez-vous un dîner, un soir?
Pour tagger des tables.

lundi 1 août 2011

Where do the Children Play ? / Cat Stevens





Je n'aime pas les enfants.

Ou disons plutôt que je trouve les enfants bruyants, sales, parfois idiots et inutiles. (sauf une certaine Mona qui finira princesse face à son destin ou Marquise des Anges tellement elle est classe et canon.)

Les enfants ne font rien que chercher à se faire mal, se mettre des trucs dans le nez ou les oreilles pour voir comment ça fait, hurler, pleurer pour un rien et réclamer les trucs les plus farfelus à coup de colères rageuses.

Vous allez encore dire que je rouspète comme un vieil aigri, mais admettez qu'un trajet en TGV passe plus vite quand il n'y a personne en-dessous de 18 ans dans le wagon et que les métros, c'est plus sympa sans poussette.

(d'ailleurs je rouspète peut-être, mais n'empêche que j'aide toujours les gens à porter les poussettes dans les escaliers du métro vu qu'apparemment tout le monde fait semblant d'être en retard dès qu'il s'agit de rendre service.)

Ce matin, un mouflet de 87 centimètres (soit à peine 12 de moins que moi) s'est planté droit devant à me fixer bizarrement.

Blond le gosse.

Et en plus, il avait l'air poli ce qui a le don de m'agacer fortement vu qu'il prouve qu'il n'a aucune envie de profiter de sa jeunesse (en jetant ses crottes de nez à la tête des gens et en collant des chewing-gums sur les poignées de porte par exemple.)

Barbant le gosse.

(enfin, je dis ça, il avait pas encore lâché un mot vu qu'il me fixait comme une poule devant un cure-dent.)

Et là, il faut savoir qu'il est 08 heures du matin un lundi, que j'ai les oreilles ensevelies sous mon casque blindé relié à mon Ipod, gilet pare-balles du quotidien, que je sens que mon T-Shirt DC comics va passer un sale quart d'heure avec la chaleur qu'il fait et la surpopulation carcèRERale et que forcément ça n'augure rien de bon pour la santé du moutard.

(je rappelle à toute fin utile que DC comic est une des deux grands maisons d'éditions de comics -l'autre, c'est Marvel, faut suivre- qui a sorti des merveilles comme Batman, Superman, le green lantern, Wonder Woman et j'en passe et des supers.)

Il me fixe, je le fixe, je vais gagner, je suis super fort à ce jeu.

Bon, il a quand même l'air sympa avec son air innocent, à me regarder comme je regarde un Picasso (et pas un cubiste, bande de nazes.)
Disons un Chagall plutôt , ça provoquera moins de rires gras dans l'assistance et ça me donne une bonne occasion de montrer que oui, j'aime toutes sortes de dessins, les supers dans des comics et les mariées rouges sur des toiles.

Alors que j'allais lui demander ce que ça lui faisait de voir E.T. en vrai, il prend les devants et fait le premier pas.

L'audacieux.

Il se tourne vers son père, lui tire la manche, me montre du doigt, ce qui est très impoli et crie très fort (ce qui est déplaisant) "papa, regarde le monsieur, c'est Superman."

(oui, c'était superman lui-même sur mon magnifique T-Shirt DC Comics de chez Célio offert par ma soeur qui, je le pense, se contrefout des supers-bonzommes en collants)

J'ai rigolé quand même, ça m'a fait sourire.

"Ah ah, pas loin petit. Je ne suis que Moyen."

Et je suis parti au boulot, en me disant que si je n'étais que moyen, j'avais au moins sauvé ma vie.

lundi 11 juillet 2011

Sing, Sing, Sing / Louis Prima



Dans mes moments d'égarement quotidiens, il m'arrive parfois de déraper légèrement et de me mettre à fredonner à voix presque haute la chanson qui passe dans mes écouteurs greffés à mes oreilles quand je suis dans le métro.

Et là, je n'ose imaginer la réaction des gens dans le wagon qui doivent se dire:

-1: "pas de bol, encore un qui n'est pas tout seul dans sa tête et faut que je me le coltine. J'espère qu'il descendra avant réaumur-sebastopol."

-2: "Déjà qu'on se tapait les joueurs d'accordéon roumains et les saxophonistes atones, si en plus on doit se manger les recalés de la Star Académy ou de N'oubliez pas les paroles, je vais finir par porter plainte à la RATP"

-3: "Il a l'air amusant ce jeune homme qui doit certainement avoir des déficiences mentales à fredonner de telles daubes en public. C'est bien qu'il se sente à l'aise"

-4: "Quel bon goût il a! Dans la lutte contre la morosité, il y a toujours un Moyen..."

Alors évidemment, dans la majorité des cas, je ne me rends même pas compte de ce qu'il m'arrive puisque soit on est le matin est j'ai la tête au fond du fion, soit on est le soir et j'ai la tête comme un melon.

Et à force d'arpenter les couloirs du Paris souterrain avec mon casque vissé sur les oreilles, il arrive des accidents auditifs incontrôlés comme celui de chanter fort (et parfois) faux du Neil Young ou Jay-Z (oui, j'aime les grands écarts artistiques.)

Le danger à chanter à son insu en public, c'est de non seulement se ridiculiser sur ces performances vocales et son oreille de tracto-pelle, mais c'est surtout prendre le risque de révéler au monde les faiblesses de la playlist de votre IPod.

Ces chansons ridicules ou pourries que vous aimez en cachette.

Ces chansons qui, par un hasard affreux, se retiennent le mieux et se chantent avec le plus d'entrain.

Mais chanter dans le métro est finalement un assez bon remède pour oublier la journée qu'on va/a passé et mon prochain challenge sera qu'un jour, dans un wagon bondé, quelqu'un reprenne avec moi une chanson que je fredonnerait sans m'en rendre compte.

lundi 27 décembre 2010

Life Stories / Just Jack



J'ai passé des fêtes formidables, gâté comme un Maharaja, à me gaver de gâteaux en écoutant Bing Crosby et Cat Stevens.

J'ai eu des fous rires terribles avec mes cousins et Caro-Magnonne en dévalant comme des déglingués des pentes enneigées sur des chambres à air de tracteurs gonflées à bloc.

En partant jeudi, le TGV qui devait m'emmener n'avait pas mon wagon (en fait il manquait une rame complète, donc il manquait beaucoup de wagons.) et je crois que la SNCF avait parfaitement bien choisi son week-end pour se mettre à faire des blagues comme ça.

Ce matin, les RER B étaient en grève.

C'est incroyable le nombre d'aventures qu'il peut arriver en un week-end.

Et ce matin, en partant au travail, j'ai laissé la glisse folle sur les pentes des champs couverts de neige de ma mémé, j'ai oublié le goût des gâteaux de noël et l'odeur du vin chaud pour me fondre dans la foule des gens pressés.

Et je dois dire qu'il est nettement plus agréable de glisser comme un dingue sur une bouée géante en caoutchouc que de glisser entre les gens pour sortir d'un métro bondé.

Et Gare du Nord, j'ai croisé un vieux monsieur qui portait un modèle réduit de bateau à voile.

Pas un petit modèle réduit, une magnifique réplique de bateau à voile de skipper, un truc à traverser des atlantiques en solitaire avec une magnifique voile triangulaire blanche.

Un modèle réduit qui pouvait naviguer pour de vrai et affronter les rugissants des bassins des Tuileries ou de celui du Jardin du Luxembourg.

Un esquif à traverser un étang, nonchalamment, comme Tabarly gagnait ses courses.

Un bateau pour s'imaginer des voyages, affronter des pirates et faire rire un petit-fils peut-être.

Il était à peine 8 heures du matin et j'étais tout heureux de voir une image aussi belle et insolite que ce personnage très classe qui tenait son bateau comme on tient une fiancée sous les toits de faïence de Paris.

Et la journée est passée, ni pire ni meilleure qu'une autre, avec un navire dans la tête.

Et je suis rentré chez moi.

Et rue Belliard, je passais devant les voies ferrées quand une petite camionnette antédiluvienne m'a croisé.

Elle tirait un petit bateau à voile bleu.
















C'est incroyable le nombre d'aventures qu'il peut arriver en une journée.