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vendredi 18 septembre 2015

Hit and Run / Loleatta Holloway



La Coupe du Monde de rugby commence aujourd'hui.

6 semaines de joie, bonheur, pintes de bières et tampons dans le menton.

Alors pour fêter ça, voici mes 5 moments préférés de la Coupe du Monde de Rugby
(notez que j'ai volontairement omis les coupe du monde de 1987 et 1991, qui contiennent pourtant leur lot de moment cultes, parce que je ne les ais pas vécues en direct comme les autres, l'émotion à posteriori étant quand même moins forte que la mandale du moment même...)


18 Juin 1995: Demi-Finale Angleterre - Nouvelle-Zélande

Le Jour où Mike Catt est devenu un tapis humain.

La veille, l'équipe de France a vécu une demi-finale dantesque face aux Springboks, futurs vainqueurs de l'épreuve. Dans des conditions apocalyptiques, sur  un terrain transformé en piscine olympique par des trombes d'eau, les bleus encaissent le défi physique ahurissant imposé par les Sud-Africains mais se voient refuser 3 essais tandis que celui accordé à Ruben Kruger n'était pas valable. L'équipe de Christian Lacroix, auteur de 15 points avec 5 pénalités marquées s'incline 19-15.

Le 18 juin, donc, la deuxième demi-finale oppose le XV de la rose aux All Blacks. Et depuis le début de la compétition, on assiste à la naissance d'un phénomène hors-norme.
Jonah Lomu, Néo-Zélandais d'origine Tongienne.
Un monstre d' Un mètre quatre-vingt-seize pour cent vingt kilos qui abat le 100 mètres en moins de 11 secondes et qui a à peine 20 ans à ce moment-là.
Peut-être la seule vraie star planétaire de ce sport où l'individualité disparait au profit de l'équipe.

Les blacks sont sur un (long) nuage (blanc) quand ils entrent sur la pelouse face aux Anglais.
Ils ont écrabouillé tous leurs adversaires avec une facilité effrayante et leur ailier vedette (parce que oui, cet autobus humain n'est ni deuxième ligne, ni troisième ligne, mais bien ailier. Des mensurations hors-normes pour un joueur de ce poste.) est en train de se satelliser à la vitesse de la lumière autour de la planète ovale.
Mais les exploits qu'il a accompli jusqu'à présent ne sont rien en comparaison de ce qu'il s'apprête à faire.

Les Anglais croient pourtant en leur chance, surtout qu'ils sortent de 3 grands chelems glanés dans les 5 éditions précédentes du tournoi des 5 nations et règnent sur l'Europe.

Ils comptent donc bien montrer à leur adversaires qu'il faudra compter avec eux et aller chercher la victoire ne sera pas chose aisée, bloody hell!

Cet état d'esprit guerrier god dammit tiendra deux minutes.

Graeme Bashop, le demi de mêlée du XV de la Fougère, sentant le coup à jouer au large catapulte alors Lomu qui peut mettre en marche son incroyable énergie cinétique.
Un premier Anglais tente de le bloquer, il sera balayé d'un raffut dévastateur.
Arrive alors le capitaine Carling, qui, à 30 ans, ne peut rivaliser avec la vitesse de course de l'Homme-Montagne. Mais sa tentative ne sera pas vaine et une cuillère désespérée déséquilibre le géant.
Lomu a vu sa vitesse réduite de moitié, perd ses appuis et déjà Mike Catt, dernier rempart de la forteresse anglaise, se dresse sur sa route.
Lomu l'enfonce alors comme une vulgaire porte en balsa et lui marche littéralement dessus avant d'aller aplatir tranquillement dans l'en-but.
Pas au sens figuré. Non, le pauvre Catt doit encore avoir une empreinte de pied, pointure 52 fillette sur le torse.

Les Anglais de s'en remettront jamais et Lomu marquera encore 4 essais, scellant la victoire des All Blacks 45 à 29.

Et alors que tout le monde les voit alors favoris pour remporter le titre, il faudra l'esprit d'un peuple, le souffle de l'histoire et le leadership de deux hommes, un noir et un blanc, Mandela et son capitaine François Pienaar, pour les arrêter dans leur course folle.



31 Octobre 1999: Demi-Finale France - Nouvelle-Zélande
Le Jour où le XV de France a terrifié les All-Blacks.

En ce jour d'Halloween, le XV de France se retrouve face à à la plus belle collection de monstres de l'histoire.
L'équipe de Lomu, Umaga, Mehrtens, Anton Oliver, Taine Randell, ou Christian Cullen. Un peu comme une dream team, mais en meilleure.

Pour bien comprendre le contexte de ce match, il faut savoir que la France avait fini dernière du précédent tournoi des 5 nations et qu'à l'été, lors de sa tournée dans le pacifique, elle s'était fait désosser sans anesthésie 54-7 par cette même équipe Néo-Zélandaise.

Autant dire que bon, les voir comme favoris face à leurs bourreaux, c'est un poil abusé.

Suite à cette débâcle dans l'hémisphère sud, Fabien Galthié reste en Nouvelle-Calédonie, persuadé, à raison, qu'il ne sera pas sélectionné pour la Coupe du Monde.

Mais suite à diverses blessures, il est rappelé et prendra les clés du camion pour diriger cette équipe à qui on promet un enfer noir.

Un enfer noir qui se concrétise à la 26ème minute lorsque Lomu, toujours lui, s'empare de la balle aux 22 mètres français et pulvérise 5 bleus (dont Ntamack et Abdelatif Benazzi, qui n'ont pourtant pas des gabarits de danseuses étoiles. Benazzi rebondira même comme un vulgaire culbuto en caoutchouc en allant percuter le n°11 néo-zède.) sans même être ralenti dans sa course.

Transformation du génie Mehrtens. 14-10 pour la Fougère.

Et pourtant.

Et pourtant, à la mi-temps, c'est dans les yeux des hommes des antipodes que l'on lit le doute et la peur.

Parce que l'enfer va changer de couleur à la deuxième mi-temps.

Les Français reviennent survoltés, en transe, persuadés qu'ils ont un coup à jouer. Ils hurlent dans les vestiaires: regardez-les, ils doutent! Ils ont peur!

Et le miracle, la magie arrivent.

Tout ce que les français tentent sont des coups au but. Tout ce que les blacks tentent sont des échecs. Les Français sont à présent des guerriers. Des soldats. Une armée. Galthié n'hésite pas à partir au plaquage sur Lomu. Il se retrouve à l'horizontale, flottant comme un drapeau derrière le joueur prodige, mais le fait tomber. Au contact avec Umaga, Richard Dourthe revient avec une poignée de dreadlocks du colosse dans les mains.
Les valeurs de l'Ovalie, en somme. (respect de l'adversaire, fair-play, rester digne dans le défaite, fier dans la branlée et impliqué quand on colle une fourchette dans les yeux de son opposant.)

Le match est une folie. Une guerre.
Et les blacks ne voient plus le ballon. La furia française les bouscule, les écrase comme une avalanche. Ils cherchent des solutions qu'il ne trouveront jamais pour endiguer les attaques bleues.
Submergés par ces 15 fous furieux qui vont au sacrifice sur chaque ballon, sur chaque contact, ils capitulent petit à petit.
Il semble que les français sont finalement devenus les All Bleus.

43-31.

La plus grande équipe du monde, peut-être de tous les temps est détruite. En lambeaux.

En finale, les français s'inclineront presque logiquement contre l'Australie et la magnifique paire Larkham - Gregan.

Mais ça n'a finalement pas d'importance. Ils avaient joué le plus grand match de l'histoire de leur sport.

Et ils l'avaient gagné.



22 Novembre 2003: Finale Australie - Angleterre
Le jour ou Jonny Wilkinson est devenu Sir.


Nous sommes en prolongation. 17-17. L'Australie, tenante du titre, rêve d'être la première équipe à conserver son titre, qui plus est sur ses terres.


Et à la 99ème minute, un jeune génie de l'ovale, un gentleman, une classe vivante claque un drop stratosphérique et envoie le XV de la Rose sur le toit des Dieux.

Le monde se souviendra de lui pour cette élégance des grands, ce fair-play exemplaire, son professionnalisme, son intelligence, dans le jeu et dans la vie au point de s'intéresser à l'Astrophysique alors qu'il est en pleine dépression pour y trouver le salut.

Le monde se souviendra de Monsieur Jonny Wilkinson et un genou à terre, le monde remerciera le sujet de Sa Majesté d'avoir ainsi ébloui et embelli le jeu.




07 Septembre 2007: Matche de Poule, Ouverture de la Coupe du Monde: France - Argentine
Le Jour où le Puma a mangé le Coq


J'aurais pu vous parler du monstrueux quart de finale entre La Nouvelle-Zélande et la France, à Cardiff, qui verra les bleus (encore) croquer la fougère pour filer vers la demi-finale, surtout que ce souvenir est bien meilleur que ce match d'ouverture, mais il faut parfois rendre à César ce qui appartient aux Argentins, ce petit Pays de la planète Rugby, mais au coeur énorme.


Pour moi, le match se gagne dès les hymnes. Les Hommes d'Augustin Pichot, surnommé le Petit Napoléon et capitaine de cette équipe des pumas sont en larmes. 
Transcendés par l'émotion il réalisent ce jour-là le premier exploit de leur coupe du monde. Terrasser l'Equipe de France, jugé pourtant favorite sur ses terres.

Les bleus croiseront à nouveau les fauves lors du match pour la troisième place et subiront à nouveaux les coups de griffe des argentins.

Cette équipe, composée à l'époque d'une partie d'amateurs était peut-être la plus belle de cette coupe du monde 2007. Car elle avait le plus gros coeur.


17 Septembre 2011: Matche de Poule Australie - Irlande
Le Jour où le trèfle a provoqué sa chance

Le 17 Septembre 2011, je suis en Ecosse, à Edimbourg, prêt à découvrir les merveilles et les mystères du Pays des lochs et du Whisky.
Mais coupe du monde en Nouvelle-Zélande oblige, je profite de mes petits-déjeuners pour regarder les matchs.
Assis dans un pub Irlandais, au milieu des maillots verts et des pintes de Guiness dès 10 heures du matin, je déguste mes oeufs et mon bacon et buvant des bières du thé (et quand même quelques bières) devant un petit moment d'histoire.

L'Irlande des soldats est debout. Le Ireland's Call résonne dans le pub. Et Captain O'Driscoll sonne la charge face au monstre de l'hémisphère sud, un des favoris de la compétition avec Quade Cooper, son demi d'ouverture phénoménal.

Avec le courage et la foi en leur pays, les Irlandais vont endiguer les attaques des antipodes, perdre un peu de cuir chevelu et gagner le match.

15-6

Et autour de moi, dans un petit pub à Edimbourg, résonne à nouveau le Ireland's Call, la Guiness et les larmes coulent par tonneaux et les yeux humides au-dessus de mon bacon froid, je me dis que mes vacances commencent très bien...






Voici donc quelques moments d'héroïsme, de bravoure et d'émotion, pour vous donner envie à vous aussi d'admirer les combats et les courses qui brûlent les poumons avec un autobus humain lancé aux trousses, le courage de ces hommes, qui, pour un maillot, une nation, un peu de gloire et d'émotions, iront sacrifier leurs bras et leur cuir chevelu pour se sentir fiers d'être vivants...


dimanche 4 septembre 2011

Voyous et Gentlemen. Une Histoire du Rugby par les Hymnes et les Hommes. Episode 5

Pourquoi j'aime un simple jeu de ballon...

Haka / New Zealand's All Blacks


A 5 jours du début de la coupe du monde en Nouvelle-Zélande, il est temps de s'intéresser au mythe.

Le Haka.

Ou plutôt les Hakas, car depuis la création de la New Zealand Rugby Football Union en 1892, il y en a eu des chants de guerre Maoris sur les stades du monde entier...

Ce qui est intéressant avec le rugby néo-zélandais, c'est de voir à quel point la culture Maorie a imprégné le sport.

En Nouvelle-Zélande, au bout du monde, le rugby est une religion.
140.000 Licenciés pour un pays de 4 millions d'habitants. (à titre de comparaison, la France compte 300.000 licenciés pour 60 millions d'habitants...)

Pour comprendre l'engouement de ce sport sur ce caillou perdu des antipodes, imaginez la ferveur du football au Brésil, la foi des pèlerins qui traversent des déserts et des vallées pour rejoindre Médine ou un temple perché sur un sommet de l'Himalaya, la joie des hindous se baignant dans le Gange après la fête des couleurs et le statut de dieux offert aux sumotoris japonais et vous aurez une petite idée des liens que le peuple Néo-Zélandais entretient avec ce sport, leur équipe nationale et leur maillot noir...

Un peu d'histoire...

Rétifs à la colonisation, les indigènes ont tout de suite adopté le jeu quand des colons et quelques marins ont commencé à se faire des passes vers 1860, au point d'y inclure des éléments de leur propre culture.

La fédération néo-zélandaise est créée en 1892, avant même que l'entité politique ne soit reconnue (ce qui arrivera en 1907) et comme on le voit sur cette jolie photographie d'époque, l'équipe de 1888 qui a massacré les îles britanniques sur des scores paranormaux est composée de blancs (originaires de l'île) et ce sont des hommes au teint de châtaigne qui portent les chapeaux melons et les hauts-de-forme d'officiels...



Depuis, la tradition Maorie a porté ceux qu'on appelle les Blacks au sommet de l'histoire des sports d'Equipe.

Une équipe qui porte exclusivement le maillot noir (à de très rares exceptions près: ils avaient par exemple porté un maillot gris lors de la coupe du monde 2007 pour leurs matchs contre l'Ecosse, en poules, et la France, en quart de finale.) en signe de deuil pour leurs adversaires.

Une équipe qui est la seule sur la planète à avoir un nombre de victoires supérieur au nombre de défaites depuis leur création.

Les Blacks représentent l'essence même de ce jeu.
Un jeu basé sur des valeurs collectives très fortes, un sens du sacrifice exemplaire pour le bien de l'équipe.
Un jeu tout en technique et vitesse où l'on privilégie les longues séquences de passes à des vitesses stratosphériques. Un jeu d'impact et de volonté, où les qualités individuelles de chacun sont valorisées par le reste de l'équipe.

Les Blacks sont le rugby absolu.

Et c'est certainement parce que les maoris, voyant dans ce sport un moyen d'afficher leur identité, y ont mis toutes leurs traditions et leur histoire.

Les Hakas.

Le Haka est à la base une danse traditionnelle Maorie, une cérémonie de salut et d'accueil ou de départ à la guerre.
Dans le contexte du rugby, le Haka devient un chant de motivation visant à impressionner l'adversaire (ça marcherait très très bien sur moi par exemple, parce que face à eux, je feindrais logiquement la blessure grave et irait pleurer dans les jupes du coach) mais est aussi une marque de respect (si, si, on dirait pas comme ça, mais le Haka n'est pas non plus l'expression artistique d'un cannibalisme organisé...)

Traditionnellement, le Haka doit être lancé par un joueur Maori (ou d'origine Maorie) ou parfois par le capitaine lui-même (voir Richie Mc Caw, actuel capitaine Néo-Zélandais, un numéro 7 au gabarit d'autobus, croisement entre un pitbull et un Tyrannosaure haranguer ses troupes est un moment impressionnant qui reste en mémoire...)

Des Hakas car actuellement, il y en a deux.

Le Ka Mate.

Le plus connu et le plus populaire.
Celui que les Blacks exécutent le plus fréquemment.



Ce Haka-là date du 11 Novembre 2006, lors de la tournée des Néo-Zélandais dans l'Hémisphère Nord.
Ce jour-là, à Gerland, la France perdra 41 à 3

Allez, pour le fun...


Bernard LAPORTE après le match contre les All... par dzigue

Le Kapa O Pango

Ferait passer le Ka Mate pour une chanson de la compagnie créole.
Ce Haka-là, c'est Halloween.

Le Kapa O Pango est un Haka créé spécialement pour les Blacks qui voulaient exprimer leur amour pour leur maillot et leur Pays.
En accord avec les représentants des tribus et les officiels de la culture Maorie, le Kapa O Pango apparaît donc après un an de recherches et de mise au point.

Il sera exécuté pour la première fois le 27 Août 2005 contre l'Afrique du Sud lors du Tri-Nation.
La semaine précédente, les supporteurs Sud Africains avaient sifflé le Ka Maté et les Blacks ont alors décidé de marquer le coup en sortant leur nouveau Haka qui à l'époque finissait par un signe d'égorgement.
Ils l'ont ensuite modifié afin d'apaiser les polémiques et montrer un visage moins guerrier, mais toujours aussi impressionnant.

 Version du 27 Août 2005



Les Sud-Africains perdront le match 31-27




Et si le Haka est un défi lancé à l'adversaire, il est intéressant d'observer les réponses que certaines équipes ont trouvé.

La Réponse Classe: Pays de Galles 2008



Les Gallois respectent le Haka et surtout acceptent l'énorme challenge lancé par leurs adversaires en restant sur leur ligne et en défiant les Blacks.
C'est l'arbitre qui viendra finalement briser les rangs.

Le Pays de Galles s'incline 29 à 9

La Réponse du Soldat: Irlande 1989



Willie Anderson, capitaine du XV du trèfle rassemble ses troupes et avance au contact des hommes en noir.
Il finira nez-à-nez avec son vis-à-vis, délimitant ainsi son territoire et la détermination de son peuple.

L'Irlande perd 23 - 6

La Réponse "On vous emmerde": Angleterre 2010



Lors du Haka, les 80.000 spectateurs de Twickenham, LE temple du rugby (un jour, un jour j'irai voir un match là-bas, et j'y chanterai la Marseillaise...) entonnent "Swing Low, Swing Chariot" la chanson qui accompagne traditionnellement les Anglais depuis ce jour de 1988 où Chris Oti, en marquant 3 essais face à l'Irlande, sauva l'Angleterre. A cette époque, les anglais étaient sur une série de 15 défaites en 23 matchs et Twickenham n'avait vu qu'un seul essai depuis 2 ans. Le match contre l'Irlande était mal engagé.
En deuxième mi-temps, Chris Oti, un joueur noir, marque alors trois essais, sonnant le réveil du XV de la Rose qui s'imposera en marquant 6 essais en une mi-temps.
Un groupe de supporteurs venus d'une école bénédictine décide alors de rendre hommage au héros du jour en chantant le Gospel favori des joueurs de leur équipe de rugby.
Depuis, Swing Low, Swing Chariot accompagne l'Angleterre chaque fois qu'elle domine le match ou qu'elle est en passe de le gagner (on l'a même entendu au Stade de France, et ça faisait bien mal au dutre...)

Ce jour-là, 80.000 personnes se dressent derrière la Rose et, sans aucune forme de respect, noient le Ka Mate sous leur chant de victoire.

L'Angleterre sera terrassée 32 à 6

La Réponse des Guerriers. France 2007



La France affronte les Blacks en quart de finale de la coupe du monde 2007.
Cette coupe du monde se déroulait en France, mais ce match-là se jouait alors au Millenium Stadium de Cardiff pour des questions d'organisation.
Loin de leurs terres, les français veulent absolument effacer la gifle prise en match d'ouverture face à l'Argentine et montrer à leur pays qu'il peut encore compter sur eux.
Il revêtent alors les trois couleurs du drapeau et vont au contact des blacks lors du Haka, inversant les rôles et faisant preuve, non seulement d'un courage à saluer bien bas, mais aussi d'une solidarité exemplaire et d'un réel amour pour leur maillot.

La France gagne le match 20 à 18 (et après cet exploit, ils feront n'importe quoi contre l'Angleterre en demi-finale et seront éliminés de la coupe du monde.)

Un moment incroyable où deux nations s'affrontent au travers de leurs valeurs et de leurs traditions, tout en se respectant mutuellement...

La coupe du monde commence dans 5 jours et si je suis un inconditionnel du maillot bleu frappé du coq et que je serai derrière Parra, Maxime Médard (ce 3/4 aile supersonique qui ressemble à Wolverine, avec les même rouflaquettes de rockeur mais sans les griffes en adamantium.) Traille ou Dusautoir, je suivrai également ces hommes du bout du monde, Richie Mc Caw, Daniel Carter, le Messi du rugby, Ali Williams et sa crête, Mils Muliaina, Ma'a Nonu, Piri Weepu, Keven Mealamu et qui, avec leur maillot noir et leurs chants, font vivre les traditions et les valeurs d'une culture des antipodes.

Une culture que les Maoris ont montré avec fierté à la face du monde à travers un simple jeu de ballon...




dimanche 21 août 2011

Voyous et Gentlemen. Une Histoire du Rugby par les Hymnes et les Hommes. Episode 4

Pourquoi j'aime un simple jeu de ballon...

Flower of Scotland / Hymne National Ecossais.

Pendant des années, c'est le God Save the Queen anglais qui retentissait lorsque se levait le drapeau Ecossais.

Et à force de volonté, déterminé à afficher son identité, le XV du chardon obtient le droit de jouer son propre hymne avant chaque match officiel.

Une merveille composée en 1967 par Roy Williamson du groupe The Corries.

Et en 1990, sous un soleil radieux, les Ecossais accueillent les Anglais à Murrayfield, stade historique du XV du chardon pour la dernière journée du tournoi des 5 nations.

Le vainqueur de ce match remportera le tournoi par un grand chelem.

Et pour la première fois, les cornemuses s'alignent et entonnent cet air qui va porter un peuple qui voulait plus qu'un drapeau et plus que ce que la Reine avait à offrir.

Flower of Scotland résonne à ce moment-là comme un chant de guerre mais aussi comme un livre d'histoire.

80 minutes plus tard, les Ecossais remporteront le match face aux anglais et boucleront ainsi leur grand chelem.

Certainement parce qu'il a suffit d'un chant...





O Flower of Scotland
When will we see
Your like again,
That fought and died for
Your wee bit hill and glen,
And stood against him, (England!)
Proud Edward's Army
And sent him homeward
Tae think again.

The hills are bare now
And autumn leaves lie thick and still
O'er land that is lost now,
Which those so dearly held,
That stood against him
Proud Edward's Army
And sent him homeward
Tae think again.

Those days are past now
And in the past they must remain
But we can still rise now,
And be the Nation again
That stood against him (England!)
Proud Edward's army
And sent him homeward
Tae think again.

O Flower of Scotland
When will we see
Your like again,
That fought and died for
Your wee bit hill and glen,
And stood against him,
Proud Edward's Army
And sent him homeward
Tae think again.






















(Et je profite de l'occasion de ce spécial chardons, marrons et chansons pour vous annoncer avec fierté que je vais bientôt arpenter les landes désolés, les pub perdus et rencontrer Nessie. Mais j'aurai encore le temps de vous en parler...)

dimanche 7 août 2011

Voyous et Gentlemen. Une Histoire du Rugby par les Hymnes et les Hommes. Episode 3

Pourquoi j'aime un simple jeu de ballon...

Hymne National de l'Argentine.

"Un rugbyman Argentin, c'est un Italien qui parle Espagnol et qui rêve d'être un Anglais."

En 2007, la Coupe du Monde se déroule en France et à cette époque, l'Argentine est déjà la bête noire des tricolores.

Mais l'Argentine, on la connait plus pour son équipe de foot et ses joueurs surnaturels comme Maradona, Batistuta, Veron ou Messi et moins pour son XV, les pumas comme on les appelle et dont certains joueurs officient pourtant dans le Top 14, comme Juan Martin Hernandez, une légende alors au Stade Français ou Augustin Pichot, surnomme "Napoléon" pour son incroyable sens tactique (et son don quasi paranormal d'agacer toutes les défenses du monde ainsi que les arbitres par ses remarques continuelles)

Au pays, à côté du football, le rugby est une anecdote.
Dans le monde, ce rugby est méconnu et sous-estimé.

Ces hommes de la terre de feu ne rencontrent leurs homologues que lors de tests-matchs à la régularité chancelante ou à l'occasion de la coupe du monde qui se joue tous les 4 ans tandis que les autres grandes nations s'affrontent chaque année, par le biais du tournoi des 6 nations en Europe (Angleterre, Ecosse, Pays de Galles, Irlande, Italie, France) ou du tournoi du Tri-Nation entre les trois mastodontes que sont l'Afrique du Sud, l'Australie et la Nouvelle-Zélande

Et pourtant, l'Argentine est une terre de grands joueurs et de grand rugby. Car leur Diego Maradona à eux, c'est ce fighting spirit à l'Irlandaise qui leur permet, dans un bon jour, de battre n'importe qui.

Une équipe avec une âme indivisible, soudée par un maillot rayé sur lequel un puma semble avertir l'adversaire que la tache ne sera pas aisée.

Et quand l'argentine sombre dans les crises politiques et économiques, ces hommes savent plus que quiconque que la fierté d'un peuple peut s'exprimer par ses couleurs.

A la coupe du Monde 2007, En France, l'équipe des frères Contepomi et de Lucas Borges, virevoltant 3/4 aile, confirmera qu'elle est bien la bête noire du XV de France en l'humiliant par deux fois sur ses terres (lors du match d'ouverture et lors du match pour la troisième place où ils marcheront méchamment sur les bleus en inscrivant 5 essais) et surtout montrera au monde la qualité de son jeu.

Une qualité de jeu représentée par la qualité de son équipe, en larmes à chaque fois au moment des hymnes, car ils sont un tout petit pays dans la galaxie ovale.
Mais avec un coeur gigantesque.










Après cette coupe du monde, les Pumas argentins devraient intégrer le Tri-Nation (qui deviendra ainsi le quadri-nation comme vous l'aviez deviné)
Et rejoindre ce club très sélect où s'expriment les plus grandes nations de la planète devrait rendre le félin brodé sur leur maillot plus inquiétant encore...

dimanche 31 juillet 2011

Voyous et Gentlemen. Une Histoire du Rugby par les Hymnes et les Hommes. Episode 2

Pourquoi j'aime un simple jeu de ballon...



Amhran Na bhFiann and Ireland's Call

Dans les relations étroites que peuvent nouer l'Histoire et le sport, il y a des dates qui résonnent plus que d'autres.

Le 24 fevrier 2007, L'irlande accueille l'Angleterre dans le cadre du Tournoi des 6 Nations dans l'enceinte de Croke Park, et c'est un évènement d'une ampleur nationale.

Parce que le 21 Novembre 1920, suite à l'assassinat de 14 agents Britanniques ordonné par Michael Collins, les forces britanniques rentrent dans le stade de Croke Park pendant un match de football gaëlique et tirent dans la foule.

14 morts, dont deux enfants de 10 et 11 ans et un joueur, Michael Hogan qui donnera son nom à une des tribunes du stade.

C'était un dimanche.

Un dimanche dont on se souviendra comme sanglant. A bloody sunday.

A la suite de ces évènements, les Irlandais décident d'interdire tout sport non gaëlique dans ce temple de plus de 80.000 places afin d'en faire un lieu d'expression de la culture Irlandaise et de montrer aux Anglais que les traditions et la culture sont plus fortes que l'oppression.

Mais en 2005, le stade historique de Lansdowne Road est en pleine rénovation et les fédérations de football et de rugby n'ont plus de lieu où jouer.

La fédération des sports gaëliques (Gaëlic Athletic Association) accepte donc exceptionnellement de donner l'autorisation aux équipes nationales de s'y installer pour la durée des travaux à Lansdowne Road.

Ce qui nous amène au 24 février 2007 et aux larmes de Brian O'Driscoll, de Rory Best, de leur équipe et de toute une nation...

Un moment incroyable où respect, fierté et Guinness se rejoignent pour donner un vrai beau moment d'Histoire.

Les deux hymnes de l'Irlande, le Amhran Na bhFiann (Le chant des soldats) pour la République d'Irlande et le Ireland's Call (L'appel de L'Irlande) pour tout le pays, résonnent dans les travées d'un stade qui est l'incarnation matérielle d'une blessure et d'un honneur.

Un peuple est debout, chante pour son Pays et chante pour son équipe.

Ecrasés par l'Histoire mais portés par leur peuple, les joueur du XV du trèfle fondent en larmes, à l'image de Jerry Flanery, Brian O'Driscoll, Ronan O'Gara, les légendes, Rory Best, le talonneur au gabarit d'autobus et aux yeux rougis, ou encore John Hayes, ce fermier chauve de Limerick, pilier mais soudeur avant de devenir joueur de rugby,  un mètre quatre-vingt treize et cent vingt-huit kilos, du scotch sur ses oreilles déchirées et qui pleure comme une madeleine lorsque retentissent les deux hymnes de l'Irlande.

Deux Hymnes pour montrer aux Anglais que c'est unis qu'ils vont les accueillir, dans ce stade où la haine s'est exprimée par la bouche des canons.

Un accueil classe aussi puisque le "God Saves the Queen", chanté dans un silence de cathédrale par une équipe d'Angleterre sereine et consciente du moment qu'elle est en train de vivre ne sera pas sifflé mais applaudi.

Ce qui prouve que des valeurs peuvent encore passer à travers le sport, et particulièrement à travers le rugby.

Et que ces valeurs se transmettront en même temps que l'Histoire.




On ne gagne pas des matchs avec des chants, mais on gagne le respect nous dit le commentateur, et il a raison.

Mais avec des chants, on marque aussi l'Histoire, et parfois, l'Histoire le rend bien.




Shoulder to Shoulder, we'll answer Ireland's Call... (quelles paroles incroyables.)





L'Irlande gagne ce combat grâce à ses chants.

dimanche 24 juillet 2011

Voyous et Gentlemen. Une Histoire du Rugby par les Hymnes et les Hommes. Episode 1

Le Rugby est un sport qui peut me donner des émotions indescriptibles.

Car depuis son invention un jour de pluie, forcément, en 1823 par le jeune William Webb Ellis, il reste ancré profondément dans des valeurs et des traditions fortes.

Un sport marqué par l'Histoire, où se traduisent sur un pré vert toute la fierté de peuples et de nations.

J'ai un respect sans limite pour ces joueurs qui rentrent sur le terrain.

Parce que pour se dire qu'on va passer 80 minutes à vivre l'enfer avec les coups, les plaquages, les chutes, les tampons, les raffuts venus d'ailleurs, les courses qui brûlent les poumons sur 40 mètres avec un mec de 90 kilos lancé à pleine vitesse pour vous intercepter, il faut vraiment aimer son maillot...

Comme la Coupe du Monde arrive à grands pas, je me suis mis en tête de vous faire partager ce que j'aime dans ce sport à travers certains hymnes et certains hommes, qui ont participé à l'Histoire de leur pays en jouant à un simple jeu de ballon...

Pour ce premier épisode, Honneurs aux Champions du Monde en titre:

L'Afrique du Sud (aussi appelés Springboks, en hommage à cette petite gazelle bondissante qui orne leur maillot vert...)

L'Hymne.

Nkosi Sikelel'iAfrika/Die Stem



Peut-être le plus bel Hymne du Monde.

J'ai toujours un petit frisson lorsque je vois l'équipe sud-africaine chanter cet hymne.
Car longtemps, les Boks représentaient l'Apartheid. Et voir maintenant des joueurs blancs entonner les strophes en Zoulou et les joueurs noirs reprendre les strophes en Afrikaans, la langue des Boers, la langue de la honte et des tortionnaires avec la même foi en leur pays, ben ça me fait pleurer.

(ou, je sais je suis une chochotte.)

L'Homme.

Je pourrais parler de François Pinaar, évidemment.




Capitaine des Boks champions du Monde en 1995.
29 sélections, 29 fois capitaine.

Mais vous en avez déjà souvent entendu parler, et le film Invictus de ce bon Clint Eastwood résume assez bien l'histoire (même si il omet sottement la crise d'intoxication alimentaire qui a touché l'équipe Néo Zélandaise en finale -et qui les a obligé à courir les fesses plus serrées que d'habitude- suite à probable empoisonnement causé par une serveuse nommée Suzie. Et le fait que les français se sont fait voler leur demie-finale contre les boks, mais bon, je ne vais pas revenir dessus...)

Il est difficile de faire plus fort en terme d'évènement historique traduit sur un terrain de sport que ce président qui décida de faire du capitaine de l'équipe nationale de rugby un leader pour unifier son peuple.

Et en relevant le défi, François Pienaard dépassera le statut de simple capitaine. Il ouvre la voie d'une ouverture, d'un nouveau départ et surtout montre qu'un maillot peut unifier, après avoir divisé pendant de longues années...


Je vous présente Victor Matfield.


Deuxième ligne de 2 mètres, 108 kilos.

105 sélections en Equipe Nationale.

Une légende sur lesquels les Boks pourront compter pour tenter de garder leur titre en Nouvelle-Zélande du 9 septembre au 23 octobre prochain...
















En cadeau:



Nous sommes en 1995.
80 minutes plus tard, François Pinaar se présentera un genou à terre devant Nelson Mandela.
Celui-ci le relèvera en lui disant "merci pour ce que vous avez fait pour votre pays" en lui tendant la coupe.
En acceptant le trophée, Pinaar répondra, "merci à vous, pour notre pays."

dimanche 28 novembre 2010

Walk of Life / Dire Straits



Vous savez ce que je faisais hier soir par -16° avec Caro-Magnonne, sa copine Bernard et Miss-E?
Nous étions au Stade de France à nous peler les rouleaux et assister à une branlée historique la défaite du XV de France face aux Wallabies.

Oui, j'aime le sport et particulièrement le Rugby car j'y trouve des émotions que je ne retrouve pas ailleurs.

Donc hier, nous avions décidé de nous déplacer plein d'entrain pour affronter un froid polaire à effrayer un kangourou et encourager les bleus, notre fier coq dressé sur ses ergots, bec fier et crête levée.

Ben en fait, les bleus, on ne les a vu que pendant une mi-temps parce qu'après, ils ont disparu, vaporisés, pulvérisés, enterrés dans les profondeurs noires de la pelouse du Stade.

Ils se sont fait méchamment marcher sur la gueule.

59-16.

Presque un score de Basket-ball.

La honte.

L'avantage, me direz-vous, c'est qu'on a vu du beau jeu.
Ah ça, on en a vu des passes croisées, du jeu sur l'aile, des trois-quarts supersoniques qui clouaient aux sol toute notre équipe.

On en a vu du jeu au pied intelligent pour contourner les défenses et envoyer les ailiers à l'essai.

On en a vu des plaquages désintégrants, des pénalités réussies de 40 mètres.

On a vu des choses magnifiques mais le problème, c'est qu'en fait il n'y avait qu'une seule équipe sur le terrain et elle venait des antipodes.
(Miss-E, ton futur pays assure, j'espère que tu vas continuer à les soutenir du coup.)

Alors je ne vous raconte pas la déception de se faire chier jusqu'au Stade de France par des températures à cryogéniser un eskimau, subir les fanfares basques, les connards supporters qui vous demandent de vous taire dans un stade de 80.000 personnes (pauvre Bernard...), les bourrés, les "connaisseurs" qui analysent chaque geste technique (en l'occurence chaque connerie, pour le match d'hier), les odeurs de saucisses et la bière SANS ALCOOL, tout ça pour voir la deuxième plus grosse défaite du XV de France de tous les temps.
La deuxième.
Même pas la première.
Déçu.

J'envisage sérieusement de changer de nationalité histoire de soutenir des gars qui savent faire deux passes convenables et je pense que je ferais un très bon Néo-Zélandais.

Mais bon, même si j'ai le coeur lourd aujourd'hui, je continuerai de les soutenirs jusqu'au bout.
Simplement parce que moi, à leur place, ben j'irai pas.
Je n'irais pas au contact face à des mecs de 95kgs lancés à pleine vitesse comme des locomotives pour essayer de les stopper net à la simple force des bras et les empêcher ainsi de démolir votre ligne de défense et de plaquer la balle dans votre en-but avec ce sourire narquois de satisfaction fière.
Je n'irais pas à la course, ballon en main, chassé par des sprinters qui ne veulent qu'une chose, c'est vous coller le nez dans le gazon.
Je n'irais pas face aux poteaux, à 35 mètres, devant 80.000 personnes pour tenter de passer la balle au-dessus de la barre.
Je n'irais clairement pas au contact, au soutien de mes coéquipiers fauchés par la défense adverse pour conserver la possession de balle (et sacrifier un peu de cuir chevelu, une arcade sourcilière ou quelques dents...)
Je n'irais pas en mêlée me faire déboîter les épaules et déchirer les oreilles.
Non, je n'irais pas.

(ceci dit, j'ai vraiment l'impression que hier soir, ben ils n'y sont pas allé non plus...)