Chaque jour une chanson que je partage avec vous amis lecteurs.
Une chanson en fonction de mon humeur ou de l'actualité du jour.
Une chanson pour danser, pleurer ou tout péter.
Une chanson pour aider à affronter la journée.
Oui, il fait froid dehors.
Il fait froid à geler les crachats par terre, à faire de la fumée quand on respire, à glisser sur les trottoirs et à pas coller un Moyen dehors.
Et si je ne suis pas spécialement ami avec ces froids de canards qui vous font sortir les écharpes, les bonnets,les bouillottes et les crampons sous les bottes, je dois avouer qu'il y a quand même une satisfaction à sortir, c'est de savoir qu'on va rentrer.
Et puis quand des températures sibériennes s'invitent au Métro Stalingrad, je me dis que c'est un clin d'oeil que Paris me fait pour me faire réviser mes cours d'histoire, écouter Ivan Rebroff et garder forte la position de celui qui pense fermement que la guerre, c'est mal, surtout si c'est pour se cailler les balles.
Alors au son de cette jolie chanson, je remonte la rue du Pôle Nord, dans le dix-huitième, à deux pas de chez moi, je passe par la place de Finlande (dans le 7ème), la Place des Vosges et la Cité Noël (dans le 3ème), je vois qu'il n'y a pas de neige dans la rue des Blancs-Manteaux (dans le 4ème arrondissement) , le froid a arrêté le temps et l'Horloge du musée d'Orsay, et je continue de glisser marcher en slalomant entre les crachats gelés dans cette ville qui fait de la fumée quand elle respire.
Je frotte mes mains pour les réchauffer, remonte mon écharpe, tape un peu mes pieds et je rentre dans mon 18ème.
Du coup, je sens un peu de chaleur en passant par la rue de Tombouctou.
Ceci est une histoire vraie, et c'est pour ça que j'aime la raconter.
En sortant du métro aujourd'hui, je suis tombé sur un spectacle qui m'a ému.
Une jeune fille en pleurs.
Elle semblait vraiment bouleversée et je me suis alors demandé ce qui pouvait la faire pleurer à ce point.
Une mauvaise nouvelle terrible comme la perte d'un être cher, comme ça, brutalement en plein mois de juillet à quelques jours de son départ en vacances?
Une journée horrible au travail entre ce patron despotique qui lui hurle dessus et ce collègue libidineux, gras, poisseux et vulgaire qui n'arrête pas d'essayer de lui toucher le cul à chaque fois qu'il s'approche d'elle?
Une rupture affreuse, pleine de larmes, de café froid et de mégots de cigarettes écrasés au fond des tasses. Une rupture qui sent le tabac et l'endive amère. Une rupture d'une incroyable laideur, certainement, aussi laide que cette fille est jolie, parce que le garçon n'avait aucune classe et n'était finalement que goudron?
Pourquoi pleurait-elle?
Et en me rapprochant des marches sur lesquelles elle se trouvaient, j'ai remarqué qu'elle cherchait quelque chose.
Elle replaçait ses cheveux en arrière régulièrement, presque mécaniquement, pour se dégager la vue (et déjà que les yeux pleins de larmes, c'est pas facile pour voir, mais alors plein de cheveux, c'est pas mieux.)
Et presque arrivé à sa hauteur, elle s'est relevée d'un coup, tenant dans la main son précieux butin.
Un talon de chaussure.
Ses jolies chaussures étaient rouges et trempées et il manquait un talon à l'une.
Elle a respiré un grand coup, sans doute pour effacer cette journée qui devait se trouver à mi-chemin entre ce que j'avais imaginé et ce talon cassé et elle est repartie toute droite et pieds nus.
Et comme elle était rusée, elle a utilisé la pluie qui tombait pour cacher ses larmes qui coulaient.
Comme c'est Dimanche et que c'est jour de la messe et de rugby, je me réveille tranquillement avec de la musique sacrée.
c'est de la Country qui sonne comme un gospel avec la voix soul pleine de cailloux de Ray "The-Genius-qui-n'a-pas-volé-son-surnom" Charles et la voix country pleine de ouueeennng de Willie "porte-les-couettes-avec-plus-de-classe-que-Laura-Ingals" Nelson.
Ray Charles retourne à ses premières amours, la Country, avec un des papes du genre et même si la musique de feux de bois n'est pas fondamentalement ma tasse de thé, là, j'avoue, ça me colle la chair de moule.
Parce que parfois deux voix balancent plus que tous les tonnerres de toutes les tempêtes antiques (n'est-ce pas Kiddie "j'écoute-en-boucle-le-duo-qui-tue-sa-mère-Bob-Dylan-et-Johnny-Cash" ?) et un piano et une guitare dans un coin suffisent pour renverser des murs.
En plus avec ses paroles qui sont quand même méchamment du genre à me coller les larmes aux yeux parce que c'est tout triste, c'est tout simple mais c'est surtout tout beau, voici une chanson qui devient pour moi une habitude comme la messe le dimanche ou la pinte devant le tournoi.
(un fan des westerns et des grands espaces comme moi ne peut que tomber amoureux d'une chanson qui parle de poussières, de héros et de jolie fille et qui finit dans un coup de feu.)
Le dimanche, c'est un jour de messe et de rugby, c'est un jour sacré.
Alors voici une chanson qui vaut toutes les prières du monde quand on veut se rappeler pourquoi c'est beau d'être amoureux.
Et me rappeler que dans 76 jours, je serais face au désert où résonnent encore les détonations des coups de feu de duels légendaires, à chercher des yeux une squaw apache qui me fera pleurer au coin d'un feu.
Cette semaine, dans le cadre d'une thématique "déménagements, transports, cartons et hernies" je suis devenu chauffeur-livreur et j'ai conduit plein de véhicules...
A chaque jour son camion et à chaque camion, sa blague.
Alors on commence les mardis soirs et mercredis matin avec le Vito.
C'est ça, là :
mais avec des bout en bois à la place du métal pour faire plus autenthique, écolo, hippie et classe.
Une marche arrière qu'il faut passer au chausse-pied et une boîte de vitesse qui sent le chaud à chaque arrêt.
Pas de radio. Je chante donc à tue-tête ces standards qui me passent par la tête comme "envole-moi" ou "Pour le Plaisir" pendant que défilent sous mes yeux émus les beaux paysages industriels de Sarcelle.
Le Mercredi matin, avec ce véhicule de rêve, je fais 400 mètres avant que l'embrayage ne décide de se faire un Mike Brandt et de me laisser tout seul à un feu rouge sur la route la plus fréquentée de la Courneuve.
Sympa l'embrayage.
Je me retrouve donc tracté par des garagistes portugais qui calent tous les 150 mètres, je rentre au bercail croyant pouvoir me remettre de mes émotions mais non, je décharge le Vito et recharge tout dans ce véhicule-là pour repartir illico me dit mon patron.
Le Ford qui vous fait ressembler à un Playmobil à cause de son habitacle de poids lourd sur un châssis de 2CV.
Radio (miracle!) Stations enregistrées:
France Info. Mouais, ça manque de Groove. (entre l'Iran, Clearstream et les violeurs récidivistes, la journée commence au poil...)
Radio Bleue: "accident sur l'A6, carambolage monstrueux... On nous signale un véhicule en flamme sur la N186 quand vous venez de Versailles... Un motard à terre sur l'A1 en direction de Roissy-Charles-de-Gaulle... Un accident camion contre voiture sur le périphérique intérieur...Blabla morts...incendie...crashs...voitures...accidents..blabla"
Rire et Chansons. Tout bon routier écoute Rire et Chansons. Et Johnny. Mais il se décontracte avec rire et chansons. La semaine politique commentée par Anne Roumanoff, les sketchs de Roland Magdane entrecoupés de chansons de Marie Laforêt, ça vous donne envie? je vous sens coquins les enfants... Gourmands... Allez, puisque c'est vous... :
C'est avec émotion, donc que je m'aperçois que je deviens un routier et j'en suis à me choisir un nom de CBiste quand une lueur, un spasme réptilien me fait zapper sur la dernière radio.
FG DJ radio. Coma de 12.8 secondes, j'ai frôlé l'accident.
Vendredi Matin fini les conneries, je deviens un pur Routier Sympa, un vrai qui siffle les kros et les filles sur le bord de la route en écoutant les grosses têtes, je deviens un homme, ton fils, papa.
je conduis ça:
Je frôle la mort deux fois (dont une grâce à une queue de poisson qui ferait passer Ayrton Senna pour un instructeur d'auto-école d'un trou du cul qui a failli m'envoyer au tas.)
J'arrive en un seul morceau et je décharge tout ce brave engin, remplis ras-la-gueule de cartons tout seul.
Et ma semaine se finit ainsi.
Alors il y a des jolis paysages dans le Val d'Oise.
Et conduire avec des chouettes chansons comme celle de Willie Nelson que j'ai entendu au grès de mes zappings radio, ça vous fait croire que vous conduisez dans des paysages plus sauvages, plus grands et plus beaux.
Conduire avec des chouettes chansons, ça rend les voyages plus épiques.
Conduire avec des chouettes chansons, ça rend aventurier, même quand on transporte des cartons.